Répondre aux préjugés sur les migrant-e-s

Voici une série de réponses aux préjugés les plus courants sur les migrations, trouvé sur le site antifasciste « La Horde » (http://lahorde.samizdat.net/) qui l’a mis en ligne en partenariat avec Ritimo (http://www.ritimo.org/Qui-sommes-nous-6), réseau d’information et de documentation pour la solidarité et le développement durable, qui a édité il y a quelques années un Petit guide de survie pour répondre aux préjugés sur les migrations, qui reste toujours d’actualité, et que vous pouvez commander en version papier.

AU SOMMAIRE :

Préjugé n°1 :  « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde »
Préjugé n°2 :  « C’est l’invasion, ils arrivent plus nombreux chaque année »
Préjugé n°3 :  « C’est si facile de venir en France« 
Préjugé n°4 :  « Les immigrés profitent des aides »
Préjugé n°5 :  « L’immigration renforce le chômage et la crise »
Préjugé n°6 :  « On va toutes finir voilées ! »
Préjugé n°7 :  « Les migrants menacent notre sécurité »
Préjugé n°8 :  « Ils/Elles essayent tou(te)s de se marier avec un(e) Français(e) »
Préjugé n°9 :  « Ils ne veulent pas s’intégrer à la société française »
Préjugé n°10 :  « Il faut qu’ils se prennent en main chez eux »

 

Le préjugé est une idée que l’on tient pour vraie, sans information objective ni démonstration suffisante. Un préjugé n’est pas forcément négatif, mais il est dangereux lorsqu’il ne correspond pas à la réalité ou qu’il enferme l’autre dans un schéma.

francais-1En France et en Europe, les conversations sur l’immigration foisonnent de préjugés, d’idées reçues, de mensonges et de fantasmes. Tour à tour « délinquants », « feignants », « imposteurs », « poules pondeuses », «parasites sociaux», les migrants ont rarement le beau rôle. Reprises du slogan de certains partis politiques, de la bouche du voisin qui les a entendues de sa cousine, qui elle-même les avait répétées parce que c’est un journaliste qui en parlait, ces formules choc sont typiquement des préjugés. Elles ont pour objectif de frapper les esprits, en désignant des coupables : nos gouvernants utilisent cette logique du bouc-émis- saire pour (mal) cacher leur incompétence à résoudre les problèmes des citoyens en temps de crises. Et quand les médias reprennent à leur compte cette manipulation par la peur, on ne s’étonne guère que les préjugés deviennent des lieux communs admis de (presque) tous.

Des arguments pour combattre les idées reçues

Parce que ces préjugés sont basés, la plupart du temps, sur des idées fausses et qu’ils nient la réalité concrète des migrations, il est urgent de défaire ces contre-vérités et de valoriser d’autres propos. Répondre aux dix idées reçues les plus répandues vous permettra d’avoir en tête :

• Des chiffres clés, basés sur des statistiques officielles, qui démontent instantanément les idées fausses sur les migrations;
• Des arguments, pour répondre aux discours de la peur, de la haine, de la stigmatisation ;
• des discours qui font du bien, soulignant toutes les richesses apportées par les migrations ;
• des situations inversées, qui montrent que les migrants d’aujourd’hui pourraient bien être nos accueillants demain et que dans un monde interdépendant, aux sociétés de plus en plus métissées, c’est le choix du vivre-ensemble qui porte l’avenir ;
• des pistes pour s’informer et pour manifester notre solidarité à l’égard des migrants.

Changer de regard sur les migrations

francais-2Depuis 2013, d’importants flux migratoires confrontent le monde à une crise humanitaire de grande ampleur : des centaines de milliers de personnes, fuyant la guerre, les violences et le chaos, passent les frontières pour chercher refuge dans un pays limitrophe. Certains de ces exilés, venus de Syrie, d’Irak, d’Érythrée, du Soudan, tentent de rejoindre les pays du Nord, notamment l’Europe, pour y trouver la protection et de meilleures conditions de vie.

Dans cette crise devenue globale, les pays européens sont largement tentés par le repli sur soi : construction de murs « anti-migrants », refus d’accueillir, refoulement et contrôle accru aux frontières… Pourtant, la mise en place de politiques coordonnées d’accueil, de solidarité et d’entraide vis-à-vis de ces nouveaux arrivants est indispensable pour relever le défi migratoire sur le court et le long termes.

Seuls un partage de peuple à peuple et une conscience des interdépendances planétaires permettent d’appréhender la migration comme un phénomène enrichissant, globalisant (nous sommes tous concernés) et inhérent à nos sociétés humaines.
Participer chacun à notre manière et à notre échelle (actions citoyennes, interpellations des gouvernements, soutien à des projets de développement…) à construire un monde où la décision de migrer serait un choix délibéré, et non une obligation pour survivre, et où chacun aurait les mêmes possibilités de départ pour réussir sa vie, c’est contribuer à l’avènement d’un monde plus juste et solidaire.

#1 : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde »

À chaque repas de famille, la tante Francette veut discuter de «la France d’aujourd’hui », en comparaison avec « le bon vieux temps » d’une France révolue. Son sujet de conversation préféré? L’immigration… «C’est bien triste de voir certains voisins renvoyés au pays mais quand même, la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Laisser venir tous ces Syriens, ces pauvres Africains, ces gens de l’Est misérables alors que le pays est en crise, c’est irresponsable!» Combien de fois avons-nous entendu ce genre de propos ? Pourtant, ils sont bien loin d’être fidèles à la réalité des migrations.

Rester chez soi ou migrer chez son voisin!

HomeSweetHomme

Notre planète est peuplée de sédentaires: seulement 3,2 % de la population mondiale est considérée comme migrante (Les migrations internationales en chiffres, rapport OCDE, octobre 2013.). En effet, sur 6 milliards d’être humains, seulement 232 millions de personnes vivent en dehors de leur pays d’origine, dont 85 % en situation régulière. Où est l’invasion? Les migrants ne viennent pas «envahir» les pays développés: les migrations Sud/Sud dépassent légèrement les migrations Sud/Nord car les migrants ont, en général, une faible capacité de mobilité. Ils ne peuvent pas assumer les coûts d’une migration vers les pays riches d’Europe, d’Amérique ou d’Asie. La plupart du temps, ils trouvent donc refuge dans les pays voisins.

Pourquoi émigrer?

Les migrations ont toujours existé. C’est l’espoir d’une vie meilleure qui pousse les personnes sur les chemins de la migration : les guerres, les dictatures, les persécutions politiques, ethniques ou religieuses, les territoires rava- gés par les catastrophes naturelles et les changements climatiques, la grande pauvreté… justifient bien souvent leur départ. Dans certains pays, il y a une vraie désespérance. Quand on ne peut pas améliorer sa situation, qu’aucune perspective n’est imaginable, qu’il y a la corruption, l’oppression, alors le départ apparaît comme la solution. Mais le voyage coûte cher et ce sont rarement les personnes les plus pauvres qui partent…

De quelle misère parle-t-on ?

NewYork

En France, la population étrangère est composée pour 25 % de diplômés de l’enseignement supérieur, un chiffre exactement comparable à l’ensemble de la population non-immigrée (Enquête emploi, INSEE, 2011.). Ce n’est pas vraiment toute la «misère du monde » ! De façon générale, les niveaux de formation et de qualification des étrangers qui migrent dans les pays développés ne cessent de progresser. Par ses différentes lois sur l’immigration (notamment celle de 2006 dite Compétences et talents), la France a « choisi » ses migrants sur des critères économiques, de préférence avec un bon niveau de formation. Ingénieux pour pallier, par exemple, le manque de médecins dans les campagnes françaises ! Mais pour les pays d’origine, cette « fuite des cerveaux », massive mais dont on parle peu, est problématique : entre 50% et 80% des professionnels diplômés d’université de nombreux pays d’Amérique centrale et des Caraïbes vivent à l’étranger (Registre mondial des Français établis hors de France, 31 déc. 2011.). Un chiffre à comparer avec celui des Français qui sont les moins nombreux des pays européens à vivre ailleurs. Seuls 3 % des Français décident de s’expatrier (Étude de l’Institut des études démographiques, 2010.). Une frilosité qui pourrait bien changer en fonction de la conjoncture française !

L’héritage colonial

GauloisSi les Algériens, les Marocains, les Maliens ou les Sénégalais viennent plutôt en France, c’est parce que leur pays faisait partie de l’empire colonial français. Entre le XVe et le XVIIIe siècle, la France a pratiqué l’esclavage et la traite des noirs. Au 16e siècle, elle s’est lancée dans la bataille coloniale en Amérique, des Antilles au Québec, puis sous le Second Empire, c’est le Maghreb, la Cochinchine, la Nouvelle-Calédonie et le Sénégal qui deviennent des colonies françaises. En 1894, sous la Troisième République, est créé le ministère des Colonies puis l’Afrique occidentale française (l’AOF), et l’Afrique équatoriale française (AEF). L’objectif affiché de cette colonisation était d’apporter la civilisation à des « races » que la France jugeait inférieures. On obligeait à l’époque les «Indigènes» des colonies à devenir Français. Pendant près de quatre siècles, les colonisés et les esclaves ont été condamnés aux travaux forcés, bafoués dans leurs droits humains les plus élémentaires. Beaucoup sont morts en combattant dans les guerres mondiales aux côtés des Français. Peut-on reprocher aujourd’hui aux Algériens, Marocains, Maliens ou Sénégalais de choisir la France comme pays de résidence ? Eux dont les ancêtres ont été forcés d’apprendre la langue, l’histoire et la culture françaises… et qui ont été les grands sacrifiés de cette « mission civilisatrice » ? L’héritage colonial continue d’influencer les mouvements migratoires…

#2 : « C’est l’invasion ! »

Influencée par les discours politiques et médiatiques, Francette pense que le phé- nomène de l’immigration s’est considérablement amplifié et qu’il est devenu un problème, voire un danger : « Le problème avec l’immigration, c’est le nombre. Avant, le taux était raisonnable. Rien à voir avec l’invasion des migrants qu’on connaît actuellement ! ». Cette nostalgie du « bon vieux temps », où le taux de migration était raisonnable et « l’intégration » des migrants possible, n’est basée sur aucun argument tangible : la proportion d’étrangers en France est quasiment stable depuis 80 ans !

Les chiffres de l’«invasion»

QCM

En 2013, on comptabilise 7,4 millions d’immigrés présents sur le territoire français soit 11,6 % de la population (Migrations internationales 2013, Nations Unies.). Avec ce taux d’immigration, la France se classe au septième rang mondial, derrière les États-Unis (45,8 millions), la Russie (11 millions), l’Allemagne (9,8 millions), l’Arabie saoudite (9,1 millions), les Émirats arabes unis (7,8 millions) et le Royaume-Uni (7,8 millions).

Une personne née en Suisse et qui a obtenu la nationalité française fait partie des 2,7 millions d’immigrés français (c’est 4,1% de la population qui vit en France). Elle est Française ET immigrée. Une autre personne, de nationalité algérienne, qui vit en France depuis 40 ans est une immi- grée étrangère, comme 4 millions d’autres personnes en France. Cela représente 6,1 % de la population. Dans le « bon vieux temps » des nostalgiques d’une immigration maîtrisée, les immigrés étrangers représentaient 6 % en 1926 et 6,3 % en 1990. CQFD : la proportion d’étrangers en France est constante depuis belle lurette !

La peur du clandestin

BusL’autre sujet qui focalise les peurs est l’immigration clandestine. Les images de pirogues surchargées de passagers, les naufrages de ces embarcations de fortune en pleine mer que véhiculent nos médias donnent l’impression que des flots de clandestins tentent régulièrement de débarquer sur les côtes européennes. Au-delà de l’émotion que ces drames suscitent, ces images alimentent une peur panique de l’invasion. Même si elle reste difficile à mesurer, l’immigration clandestine est estimée en France, par les gouvernements, de droite comme de gauche, comprise entre 200 000 et 400 000 personnes. Soit… au maximum 0,6% de la population française.

La France n’est pas davantage « envahie » par les migrants d’Afrique subsaharienne, qui ne représentaient en 2004 que 12% des migrants, alors que 35% d’étrangers venaient de l’Union européenne, 31% du Maghreb et 17% d’Asie (Enquêtes annuelles du recensement de l’INSEE, 2004 et 2005.).

In fine, de quoi devrait-on avoir peur ? De voir débarquer chez nous quelques dizaines de milliers de clandestins par an? Ou de voir s’étendre un «cimetière marin» parce que la fermeture des frontières de l’Union européenne oblige les clandestins à choisir, au péril de leur vie, des routes toujours plus dangereuses pour rejoindre l’Europe ?

La libre circulation, ce n’est pas pour tout le monde?

Pas vraiment… Alors que l’homme d’affaires européen ou états-unien peut voyager, travailler ou s’installer en famille à n’importe quel endroit du globe, la femme qui récolte le coton au Burkina Faso ou l’instituteur en Répu- blique dominicaine ne peuvent se déplacer que dans un périmètre très réduit, parce qu’ils n’ont pas les moyens de voyager ou que les pays riches ne veulent pas d’eux. De nombreux pays ferment leurs frontières à certaines nationalités et exigent des visas d’entrée, très difficiles à obtenir.
Comment justifier et accepter qu’une toute petite partie de la population puisse circuler et s’installer partout dans le monde, cependant qu’une autre, parce qu’elle n’est pas née du bon côté de l’hémisphère, est assignée à résidence ? Restreindre le droit de circulation de certaines personnes est d’autant plus incohérent que, par ailleurs, les marchandises et les capitaux circulent librement…

Une culture fermée, ça gangrène…

Si la France avait verrouillé ses frontières depuis cinq siècles, la « culture française » n’aurait pas été si dynamique et cosmopolite. Le musicien Jean-Baptiste Lully d’origine italienne, le pianiste Chopin d’origine polonaise, le peintre espagnol Pablo Picasso ou l’architecte Le Corbusier d’origine suisse, ont influencé à leur manière la culture française à un moment donné de l’histoire, et il y en a bien d’autres. Sans les apports culturels venus de l’extérieur, nous n’aurions jamais découvert certains rythmes musicaux comme la bossa nova brésilienne, le ska originaire de Jamaïque ; la salsa latino-américaine ou le coupé-décalé des communautés ivoiriennes vivant en France… Le « rap français » n’aurait pas eu les mêmes représentants (actuellement originaires du Congo, du Cap Vert, d’Haïti, du Maroc, du Cameroun, des Comores…) et pas les mêmes centres d’intérêts (préoccupations des jeunes issus de l’immigration ou des migrants, question de l’identité et des origines). Sans l’influence de la culture maghrébine en France : pas de couscous (troisième plat préféré des Français), pas de hammam, pas de cours de danse orientale… Notre langue ne se serait pas enrichie des mots kifkif, babouche, taboulé, abricot, bougie, massage… Une culture vivante est façonnée par ceux qui l’habitent et se renouvelle en permanence. Elle permet d’avoir des modes de vie et des façons de se divertir riches et variés.

#3 : « C’est si facile de venir en France…« 

COUV-Prefecture-blancPour tante Francette et bien d’autres, la France serait devenue une véritable passoire, incapable de contrôler ses frontières. Tout le monde aurait la possibilité de venir en France et de s’y installer. D’ailleurs Francette le dit elle-même : « Il suffit à un étranger de venir en touriste ou sous le prétexte d’étudier pour rester chez nous toute sa vie… ». Étrange perception… quand ce pays s’évertue jusqu’à aujourd’hui à limiter toute forme d’immigration et qu’il donne des consignes à ses administrations pour dissuader les migrants de venir sur son territoire.

Toujours plus de lois pour limiter l’immigration

Depuis l’ordonnance du 2 novembre 1945, et plus encore ces dernières années, les gouvernements français modifient en permanence les lois qui régissent l’entrée et le séjour des étrangers et le droit d’asile. Sous couvert de lutter contre l’immigration clandestine, il s’agit en vérité de réduire le nombre d’immigrés, en limitant l’accès au séjour légal des étrangers qui construisent leur vie en France. Dans un contexte de crise économique et sociétale, les gouvernants, incapables d’apporter des solutions aux problèmes rencontrés par les citoyens, utilisent l’incertitude et la peur pour asseoir leur autorité en désignant des coupables.
Cette tendance ne s’observe pas seulement en France: depuis les années 2000, les gouvernements européens essaient d’avoir des règles communes en matière d’inté-gration des immigrés réguliers, de protection des demandeurs d’asile et de gestion des frontières. Mais au lieu de construire une politique européenne d’intégration, les gouvernements se sont attachés, jusqu’à aujourd’hui, à réduire toutes les formes d’immigration, y compris légales (les travailleurs, les réfugiés, les malades, les étudiants, les candidats au regroupement familial…). Ils dépensent d’ailleurs des fortunes pour éloigner les étrangers en situation irrégulière, en utilisant des moyens réellement inhumains: allongement de la durée de rétention des étrangers, expulsions par charters, souvent vers un autre pays que celui d’origine, interdiction de revenir sur le territoire européen pendant cinq ans, fichage de tous ceux qui franchissent les frontières… Une situation qui pourrait perdurer, malgré de modestes annonces d’assouplissement dans la gestion des migrations par l’actuel gouvernement (annonces de régularisations sur des critères plus transparents, de la création d’un nouveau titre de séjour de trois ans ou encore de l’interdiction de placer des familles en centre de rétention).

En 2012, 5000 Français auraient quitté la France pour payer moins d’impôts en 2013. Les capitaux circulent librement, mais pas les personnes. (Information de l’Institut de recherches économiques et fiscales.)

Côtoyer les administrations françaises: entre casse-tête et peur au ventre

OFPRAÀ ce jour, l’étranger qui souhaite régulariser sa situation entame un parcours du combattant. Pour demander un titre de séjour, il faut d’abord déposer sa demande à la préfecture ou dans un commissariat de police. Ceci signifie des heures d’attente interminable devant les administrations: si le demandeur n’a pas dormi sur place ou campé depuis 4 heures du matin, il risque, après 4 ou 5 heures d’attente, d’être «invité à revenir» une autre fois. Il peut ensuite attendre 6 mois ou un an avant qu’il ne soit convoqué par la préfecture de son département avec tous ses justificatifs. La constitution du dossier est un vrai casse-tête, les préfectures exigeant toujours plus de pièces, compliquées à obtenir. Pour le titre de séjour des 10 ans de présence en France, l’administration demande au moins deux preuves par an soit vingt documents au total. Mais pas n’importe lesquels: les attestations délivrées par des personnes soupçonnées de complaisance ne sont pas acceptées.
Quand le demandeur a enfin réuni toutes les preuves et que le rendez-vous à la préfecture arrive, il doit encore patienter de longues heures, la peur au ventre: car ce sont les agents qui décident d’accorder ou non le droit au séjour, selon des critères assez opaques. Les mêmes obstacles se présentent chaque année lorsque le deman- deur renouvelle son titre de séjour, l’attente devant les préfectures étant accentuée par l’angoisse de ne pas savoir s’il obtiendra le renouvellement du précieux sésame…

Quand on a un jour traité avec ses administrations, on ne peut plus dire qu’il est facile de s’installer en France !

L’asile, un droit bafoué

Quand un étranger quitte son pays pour des raisons politiques, qu’il craint des persécutions ou même la mort à cause de ses opinions ou de ses activités, il peut demander le statut de réfugié dans le pays d’accueil. Ce statut lui ouvre normalement des droits spécifiques (allocation, hébergement, droits sociaux). Encadré par la Convention de Genève (1951) qui défend et protège les persécutés, le droit d’asile est un droit inaliénable. Mais depuis une vingtaine d’années, les gouvernants font tout pour le malmener. La France est le quatrième pays d’accueil de demandeurs d’asile en Europe. Sur les 64 000 demandes enregistrées en 2014, elle n’a accordé le statut de réfugié ou de protection internationale qu’à 22% d’entre eux1. C’est moins que son voisin allemand ou que les pays nordiques.

Dans la pratique, la suspicion est devenue la règle et doit permettre de reconnaître le « fraudeur », c’est-à-dire celui qui vient pour des raisons économiques. Le candidat doit remplir un formulaire de 16 pages, en un temps réduit (21 jours) et fournir des arguments très construits, en français, pour motiver sa demande. Sans quoi celle-ci ne débouche même pas sur un entretien oral. Les agents ont pour consigne de chercher les contradictions et les imprécisions dans le récit des demandeurs pour les discréditer. Si la première demande est refusée, un recours est possible mais celui-ci nécessite des frais pour s’assurer la présence d’un avocat, sans lequel il n’a aucune chance d’obtenir l’annulation du rejet.

Au lieu de sélectionner les candidats par rapport aux menaces qui pèsent sur eux dans leur pays d’origine, on assiste donc à une sélection par le niveau d’instruction. Autre difficulté : le temps d’attente. En 2011, la durée moyen- ne du délai d’instruction des dossiers est de 19 mois. La loi relative à la réforme du droit d’asile (juillet 2015) a abaissé ce délai à 9 mois. Un délai qui reste long, surtout que les candidats ne sont pas autorisés à travailler pendant ce temps-là et que les dispositifs d’hébergement sont mis à mal par les capacités insuffisantes des centres d’accueil. Peut-on encore parler de «droit» d’asile?

 

#4 : « Ils profitent des aides !« 

Reproches-blanc«Entre les migrants qui viennent en France pour profiter de notre système de santé, les immigrés qui “pondent” des enfants chaque année pour vivre des allocations et ceux qui bénéficient de toutes les aides sociales sans jamais payer un seul impôt, ces gens-là ont vraiment tous les droits en France ! Bien plus de droits que les “Français de souche”, qui, eux, travaillent dur, se lèvent tôt et peinent pourtant à joindre les deux bouts. D’ailleurs, les étrangers sont les grands favoris de nos politiques: il n’y a qu’à voir qui est prioritaire dans l’attribution des logements sociaux chez nous? Toujours les mêmes…» Difficile d’arrêter tante Francette quand elle se lance dans un discours aussi venimeux à l’encontre des migrants. Pourtant, ses certitudes sont fausses: les chiffres disent le contraire.

Plus de devoirs que de droits?

Pour que les étrangers « fraudent » et système social français, il faudrait déjà qu’ils puissent y accéder. Souvent, c’est un vrai marathon qui s’engage… Pour bénéficier du Revenu de Solidarité Active (RSA), un étranger doit avoir un titre de séjour et une carte de tra- vail depuis au moins cinq ans[1]. Pour toucher le minimum vieillesse, il doit être en France depuis au moins dix ans. Et cela se complique pour les étrangers en situation irrégulière… La majorité des sans-papiers qui travaillent ont des fiches de paie et sont assujettis à l’impôt, aux taxes et aux cotisations sociales, alors qu’ils ne bénéficient d’aucun des droits qui y sont rattachés. Ils n’ont pas l’assurance retraite, pas droit aux allocations chômage et ne peuvent pas prétendre au parc locatif social. Ceux qui finissent par obtenir leur régularisation ne bénéficient pas de ce qu’ils ont versé auparavant.

Les enfants, ça coûte énormément!

L’idée que les migrants ont des flopées d’enfants pour vivre des allocations ne tient pas non plus la route. Chez les femmes nées en dehors de l’Union européenne, vivant en France, le taux de fécondité en 2008 était de 3,1. Pour la même période, ce taux était de 2,01 pour l’ensemble des femmes en France[2]. Cet écart n’est pas aussi significatif qu’on voudrait nous le faire croire. Les familles nombreuses, françaises comme étrangères, touchent des allocations familiales mais quand on compare la valeur de celles-ci avec les coûts liés à l’éducation des enfants, on voit bien qu’élever des enfants coûte plus que cela ne rapporte…

Dans nos HLM

Coucher dehorsSi les immigrés sont plus présents dans les logements sociaux, c’est surtout à cause de leur situation économique. Le taux de chômage des immigrés nés hors de l’Union européenne est de 20% en 2011 ((Enquête Emploi en continu, INSEE, 2011.)) (la moyenne nationale est de 9%) et ils occupent plus souvent les professions à bas revenus: 3 immigrés sur 10 occupent un emploi non qualifié en 2007 ((L’activité des immigrés en 2007, INSEE, octobre 2008.)).

Pourtant, dans la région Ile-de-France, plus de la moitié des ménages immigrés (53%) occupent une location privée, malgré les prix élevés des loyers, alors que 20 % à 30 % résident dans un logement social ((L’accès à l’emploi et au logement s’améliore pour les immigrés
à Paris mais les inégalités et les discriminations persistent, INSEE, novembre 2011.)). 6 % des ménages immigrés résident à l’hôtel, occupent une chambre de service ou encore une habitation de fortune dans des conditions insalubres. Toujours selon l’étude de l’INSEE sur l’accès au logement des immigrés à Paris, 12% des immigrés déclarent s’être vu refuser un logement, à l’achat ou à la location, sans raison valable, au cours des cinq dernières années.

Bien souvent aussi, ils se voient refuser l’accès aux lo- gements sociaux: l’argument de l’impératif de «mixité sociale » est utilisé pour ajourner certaines demandes de familles immigrées. Une étude, réalisée en 2001 par le Groupe d’études et de lutte contre les discriminations, apporte la preuve que des critères ethniques et raciaux sont pris en compte dans la sélection des candidats au logement, bien que cela soit interdit par la loi ((Les discriminations raciales et ethniques dans l’accès au logement social, note du Groupe d’études et de lutte contre les discriminations (GELD), n° 3, Paris, GIP GELD-114, 2001.)).

Se soigner, c’est pas gagné!

MedecinLa plupart des étrangers vivant en France travaillent et cotisent pour la sécurité sociale.
Pourtant, pour les étrangers malades et sans ressources, il est très compliqué d’accéder aux soins : les caisses d’assurance maladie compliquent la délivrance des attestations de leurs droits à l’AME ou la CMU.

Il arrive parfois que des personnes très malades, ne pou- vant accéder aux soins dans leur pays, obtiennent la permission de venir se soigner en France où les traitements sont plus accessibles. Depuis 1998, un droit à un titre de séjour existe en France pour ces personnes. Il ne leur offre pas forcément la gratuité des soins (cela dépend de leurs conditions de ressources) mais leur permet d’avoir une couverture sociale. 28 000 personnes étaient dans cette situation en France, en 2008 ((Rapport au Parlement, Les orientations de la politique de l’immigration, décembre 2009.)), soit à peine 1 % des étrangers en situation régulière.

En juin 2011, la France a voté une loi qui enfonce le couteau dans la plaie des malades étrangers : désormais, seuls les malades pour lesquels le traitement est «absent» dans le pays d’origine sont protégés contre l’expulsion. Même si beaucoup de traitements sont théoriquement « présents » partout dans le monde, de nombreux malades continuent à ne pas y avoir accès pour des raisons de coût, de quantité et d’accessibilité. Le retour forcé de personnes malades dans leur pays d’origine équivaut, dans certains cas, à une condamnation à mort.

Les bons comptes de l’immigration

RetraiteLes immigrés ne vident pas les caisses de l’État, comme on voudrait nous le faire croire. Au contraire, ils les remplissent. Ils participent à l’effort de solidarité nationale en versant plus de 60 milliards par an de cotisations sociales, d’impôts et de TVA. En comparaison, les allocations qu’ils touchent s’élèvent à 48 milliards, décomposées de la manière suivante: retraites (16,3milliards d’euros), prestations de santé (11,5 milliards), allocations familiales (6,7milliards), allocation chômage (5 milliards), éduca- tion (4,2 milliards), aide aux logements (2,5milliards) et RMI (1,7milliard). Soit un solde net de 12 milliards, qui bénéficie directement aux pouvoirs publics.

Ils sont aussi les principaux financeurs du développement. En 2010, ils ont versé 325 milliards de dollars à leur pays d’origine : c’est deux fois et demi le montant global de l’Aide publique au développement pour cette même année.

Les politiques répressives de nos gouvernants en matière d’immigration coûtent aussi très cher au contribuable: le coût moyen d’une expulsion de France est de 26 000 euros. À raison de 30000 expulsions par an, le coût de cette politique atteint… 780 millions d’euros. Créée en 2005, l’agence Frontex, chargée de coordonner les opérations de contrôle aux frontières de l’Union européenne, a vu son budget annuel se multiplier par 15 en 5 ans, pour atteindre 85 millions d’euros en 2013. Elle emploie 220 personnes et reçoit 80 millions d’euros du budget annuel de l’Union européenne.

« Les migrations constituent depuis toujours un fait historique naturel, complexe, certes, mais qui loin d’être une calamité pour les pays de résidence, constituent un apport économique, social et culturel inestimable. »

Charte mondiale des migrants proclamée à Gorée (Sénégal),

#5 : « L’immigration renforce le chômage et la crise »

Chantier-blancLorsque les choses vont mal chez nous, il est courant de désigner des boucs émissaires. Souvent, ce sont les immigrés qui en font les frais : on les accuse tantôt de «voler le travail» des Français et de faire grimper le taux de chômage des «nationaux», ou de faire le jeu des employeurs en faisant pression à la baisse sur les salaires. Sous un vernis «humaniste», d’autres diront qu’«il ne sert à rien de les laisser venir chez nous si on n’a pas de boulot à leur offrir». Discutons avec Francette de la réalité du marché de l’emploi en France et du bénéfice du travail immigré pour l’économie française.

Un système d’exploitation rodé

Conge hebdoDans certains secteurs d’activité, en France, il y a une pénurie chronique de main d’œuvre: le bâtiment, la restauration, le textile-habillement, les hôpitaux, le nettoyage, les aides à la personne, l’agriculture saisonnière manquent souvent de personnel. Beaucoup d’immigrés travaillent dans ces secteurs, souvent en situation illégale. Les employeurs profitent ainsi d’une main d’œuvre malléable, corvéable et que l’on peut sous-payer. Si le travail illégal est théoriquement interdit, les pouvoirs publics ferment pourtant les yeux sur les embauches de clandestins, devenus un maillon essentiel de l’activité économique en France.

Pour l’ONU, l’effet d’éviction pour les travailleurs non-immigrés n’est pas prouvé[1] car les conditions de travail dans ces secteurs en rebutent bon nombre. En refusant d’améliorer les salaires et les conditions de travail qui rendent ces métiers répulsifs pour tout autre salarié que des clandestins, les employeurs entretiennent le système d’exploitation. Seule une régularisation de tous les travailleurs sans papiers pourrait mettre fin à l’exploitation dont ils sont victimes.

Une France gagnante

Entre début 2008 et fin 2010, la France a perdu 430 000 emplois dont 70% dans l’industrie[2].
DelocalisationCe sont les licenciements boursiers (licenciements alors que l’entreprise est en bonne santé) et les délocalisations (qui consistent pour une entreprise à transférer ses acti- vités dans un pays où le droit du travail est plus souple et la main d’œuvre moins chère) qui mettent les salariés français à la rue. Et non les immigrés. Sans eux, la crise serait certainement plus grave qu’elle ne l’est aujourd’hui. Si l’on se place du point de vue du pays d’accueil, l’afflux de travailleurs étrangers est sans conteste un atout pour l’économie : ils consomment et augmentent la demande de biens et de services, ils sont parfois créateurs d’emplois et d’entreprises. Enfin, d’un point de vue démographique, l’immigration contribue au rajeunissement de la France, dans un contexte d’Europe vieillissante…

Changer notre vision sur l’immigration

PianisteLes politiques françaises et européennes en matière d’im- migration considèrent les migrants comme des marchan- dises, des pions à manipuler et à choisir en fonction des besoins du pays d’accueil. Ces politiques ne s’interrogent pas sur les raisons qui les ont amenés à quitter leur pays, ignorent et bafouent les droits fondamentaux de ces personnes.

Pour changer notre approche des migrations et rendre plus équitables les relations entre pays du Nord et pays du Sud sur cette question, il faut sortir de cette vision des migrations et enfin prendre en compte les besoins et les réalités sociales, économiques, environnementales… des pays d’origine.

  1. Rapport mondial sur le développement humain, ONU, 2009. []
  2. L’impact de la crise sur l’emploi dans les régions, Steve Lacroix, INSEE, 2012. [

#6 : « On va toutes finir voilées ! »

Violences conjugales-blancL’autre grande peur qui se répand depuis quelques décennies en Europe est celle d’une menace que feraient peser les immigrés sur les identités nationales des pays d’accueil. Les discours politiques reprennent à leur compte ces craintes en évoquant ce «choc des civilisations» qui mettrait en péril les nations occiden- tales. Par delà la condition d’immigré, c’est celle de musulman, «ennemi de la République », de la modernité et des droits de l’Homme (et de ceux de la femme surtout!), qui semble le plus déranger. En écoutant ces discours, notre brave Francette s’inquiète : et si les femmes en France finissaient toutes voilées et les villes françaises envahies de mosquées ?

L’étrangeté de l’étranger

L’opposition entre «national» et «étranger» structure notre vision du monde depuis toujours. L’étranger n’a pas toujours été celui qui franchit une frontière : par exemple, tout au long du 19e siècle, les Auvergnats et les Bretons qui migrent vers la capitale sont rejetés et stigmatisés par les Parisiens de souche. « Invasion des barbares », gronde le Journal des Débats, « tourbe de nomades », « multitude de vagabonds ». L’arrivée de ces « étrangers », notamment dans la capitale, donne lieu à des comportements et des remarques racistes. On évoque des « sauvages immigrés provinciaux» qui seraient responsables de l’insécurité… L’histoire nous enseigne que les hommes ont toujours tendance à désigner ceux qui viennent d’ailleurs comme responsables des malheurs de la société. Hier, l’Auvergnat et le Breton ; aujourd’hui, l’immigré et le musulman. Ils jouent ainsi le rôle bien commode de « boucs émissaires ». Les différences de comportement ou d’origine suscitent l’incompréhension, la peur et le rejet, et rend difficile de percevoir l’Autre autrement que comme une menace.

Le voile et l’islamophobie

VoileDepuis une vingtaine d’années, la «question du voile» soulève bien des débats en France : « Il n’y a plus que des femmes voilées dans nos rues. Et ne parlons pas de ces corbeaux qui portent la burqa, dont on ne voit plus un morceau de peau », déplore la tante Francette. Pour de nombreuses personnes en France, le voile pose problème dans sa dimension symbolique de soumission, d’oppression et d’incapacité de s’émanciper face à l’homme musulman. Craignant pour ses valeurs républicaines et veillant à «protéger la dignité de la femme», la France fait voter deux lois, l’une en 2004, interdisant le port du voile à l’école et l’autre en 2010, qui interdit de porter la burqa (voile intégral). Ces mesures qui prétendent protéger ces femmes, les excluent du système scolaire et de leur occupation professionnelle. On peut donc légitimement se poser la question de leur efficacité…

Pourtant, le « déferlement » de musul- mans sur la France est un fantasme : en 2010, ils étaient estimés à 2,1 millions soit 3,3 % de la population en France ((Enquête, trajectoires et origines, INED, INSEE, oct. 2010.)). L’estimation la plus haute tablait sur 5,8% de la population[1]. 8 % des femmes musulmanes de moins de 35 ans déclarent porter le voile en France. Les femmes portant le voile intégral étaient, quant à elles, ultra minoritaires : à peine 2000  ((Enquête du ministère de l’Intérieur, 2010.)). Derrière la crispation du voile se cache en réalité une peur que les islamistes, courant de pensée pourtant très minoritaire en France, viennent transformer l’identité de la France en imposant l’islam politique. Pourtant, selon les Renseignements généraux français, les Djihadistes sont environ 2000, soit 0,075% des personnes pratiquant l’Islam. Du «danger islamiste», relayé par les médias et les politiques pour alimenter les peurs, une défiance s’est progressivement installée vis-à-vis de tous les musulmans.

Les croyantes féministes et les musulmans progressistes, ça existe!

Des femmes musulmanes qui portent le voile peuvent être aussi des militantes féministes… Elles expliquent que l’islam archaïque, tel qu’il est perçu par nos sociétés occidentales, est une construction historique et que la lecture des textes sacrés –celle du Coran en particulier – montre au contraire une conception très égalitaire des relations entre les hommes et les femmes. La religion est une affaire personnelle. Les musulmans, comme la plupart des croyants, ne cherchent pas à impo- ser leurs convictions, ils réclament juste le droit de pouvoir pratiquer leur religion et d’être considérés comme des citoyens, sans être constamment identifiés à leur croyance.

Du combat pour la laïcité aux dérives racistes…

… il n’y a qu’un pas! Jugeant que le monde est mis en danger par le «péril islamiste» qui pèserait sur nos démocraties européennes, allant jusqu’à parler de « guerre civile imminente» ou de «fascisme du 21e siècle», des personnes se mobilisent pour alerter l’opinion publique. Ces nouveaux croisés partent en guerre pour défendre notre civilisation. Ils se sont rassemblés en association, alimentent des médias, font des conférences. Ils organisent également des « apéros vin-saucisson », ou des Assises sur l’islamisation en compagnie de sympathisants de la droite dure ou du Front National. Sous couvert de défendre les valeurs républicaines de la France, ils en viennent à des glissements dans leurs discours qui favorisent les amalgames et entretiennent des confusions dans les esprits. C’est ainsi que la frontière devient floue entre musulman, islamiste, terroriste ou salafiste.

#7 : « Ils menacent notre sécurité »

« Pourquoi ont-il autant de violence en eux, de manque de savoir-vivre alors que la France les accueille généreusement et leur donne toutes les chances pour réussir ? Ce sont toujours eux qui commettent les crimes et délits et qui surpeuplent nos prisons ! » se plaint Francette. Ces propos s’appuient sur des données fausses et subjectives. Ils propagent la haine et attisent la violence sociale. Encore une fois, regardons les faits d’un peu plus près.

Les caractéristiques de la délinquance

Raaa-blancEn 2011, 17,3% des personnes mises en cause pour atteintes aux biens (un chiffre en hausse depuis 5 ans) et 12,4 % pour atteinte à l’intégrité physique (un chiffre en légère baisse) sont étrangères[1]. Alors que les étrangers ne représentent que 6 % de la population vivant en France, leur surreprésentation en prison s’explique par des fac- teurs sociaux et par le fait que le défaut de titre de séjour en règle peut être passible d’une peine de prison. Ce sont souvent les pauvres gens qui se retrouvent derrière les barreaux: les étrangers, par leur taux de chômage supérieur à la moyenne nationale et leur rémunération modeste, sont proportionnellement plus nombreux à entrer dans cette catégorie. Ce qui explique d’ailleurs qu’ils soient plus nombreux à être jugés pour des atteintes aux biens (délits souvent mineurs) plutôt qu’aux atteintes à l’intégrité physique.

Au-delà de la catégorie sociale, la délinquance est généra-lement relative au sexe et à l’âge : il s’agit le plus souvent d’hommes jeunes. Or la population étrangère en France est en moyenne plus jeune, plus masculine et plus pauvre et recoupe donc les caractéristiques sociologiques constatées de la délinquance. Le fait de n’avoir pas de papiers renforce la précarité des migrants.

Des traitements policiers et juridiques particuliers pour les étrangers

Si les étrangers sont plus nombreux en prison, le traitement particulier dont ils «bénéficient» de la part des forces de police et de la justice n’y est certainement pas étranger. Pour les délits mineurs, tels que les vols à l’étalage, les dégradations, les petits trafics, etc., les forces de l’ordre ont tendance à repérer plus facilement les « minorités visibles » pour contrôler leur situation administrative et éventuellement les arrêter.
La police joue un rôle primordial : elle peut décider d’incarcérer un individu avant son jugement, à la suite d’une garde à vue. Les infractions sont ensuite sélectionnées par le parquet : 85 % des petits délits et contraventions dites «de cinquième classe» (infractions assorties d’amendes importantes, mais qui ne sont théoriquement pas passibles de peines d’emprisonnement) sont laissés sans poursuite. Si peu d’affaires sont poursuivies, on constate néanmoins que pour une même infraction, la police et la justice françaises condamnent plus fréquemment à l’emprisonnement, avec des peines plus lourdes, les sans profession, les sans domicile ou les étrangers[2]. Ces derniers, qui bénéficient rarement d’aménagement de peine ou de la libération conditionnelle, restent aussi plus longtemps en prison.

Vous avez dit «insécurité»?

RERLa violence ne se loge pas forcément là où l’on croit. Elle est bien souvent, et de façon insidieuse, dans les comportements des forces de l’ordre vis-à-vis des immigrés et des personnes de couleur, qui provoquent un sentiment général d’insécurité. Les contrôles au faciès dans les transports publics, les garde-à-vue, accompagnées parfois de tabassage en règle, les rafles de sans-papiers, notamment dans les endroits où on essaie d’améliorer leurs conditions de vie (queue des Restos du cœur, foyers de migrants…), la traque d’enfants scolarisés sans papiers jusque dans leurs écoles, au vu et su de tous leurs camarades… Autant de situations de violence qui nous interpellent et nous rappellent parfois des périodes noires de notre passé. Ces scènes de violence et d’inhumanité sont traumatisantes pour tous les citoyens et révèlent un arbitraire dont nous pourrions un jour, à notre tour, faire les frais.

D’autre part, quand la justice a condamné des citoyens qui venaient en aide aux sans-papiers, que la solidarité a pu être considérée comme un crime avec le « délit de solidarité jusqu’en décembre 2012 (date de sa suppression), on peut s’inquiéter pour notre « démocratie ». Enfin, l’acharnement à stigmatiser, à criminaliser l’immigration crée des contextes dangereux et favorise les réseaux mafieux, le nombre de passeurs et les trafics d’êtres humains, qui eux sont réellement porteurs d’insécurité…

 

  1. D’après le rapport de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, 2011 []
  2. Voir Étrangers incarcérés, étrangers délinquants? Emmanuel Blanchard, Plein Droit n° 50, juillet 2001 []

#8 : « Ils essaient de tous se marier avec des Français(e)s pour obtenir des papiers »

Comme s’il ne suffisait pas déjà qu’ils soient des délinquants, les migrants seraient également des escrocs de l’amour. Ils seraient prêts à tout pour contourner les restrictions de visas, y compris à la manipulation sentimentale. Le sujet des mariages « blancs » ou « gris » tient une grande place dans les discours de Francette, comme dans les débats de société. Les politiques mettent aujourd’hui un point d’honneur à réduire ces unions. Qu’en est-il réellement de ces pratiques qui mettraient en péril notre société ?

Mariages blancs ou gris: une vision bien trop noire

Complique-blancUn mariage blanc, aussi appelé mariage de complaisance, est un mariage contracté dans d’autres buts que la vie commune, notamment dans l’objectif d’obtenir un per- mis de séjour ou la nationalité française. L’expression de «mariage gris», utilisée depuis une dizaine d’années, désigne la situation où le(a) futur(e) époux(se) séduit son partenaire uniquement dans le but d’obtenir des papiers. Dans ce cas, le partenaire, de bonne foi dans sa démarche d’engagement, est abusé par son conjoint(e) et cela se termine souvent par une annulation de mariage ou un divorce précoce.

Les fraudes existent mais elles sont tout à fait minimes, les mariages frauduleux annulés ne représentant que 0,45 % du total des mariages mixtes[1]. Il existe déjà un arsenal répressif pour ce type de fraudes : ceux qui contractent des mariages blancs risquent 5 ans de prison et 15 000 euros d’amende.

Se marier ne rime pas d’emblée avec «papiers»!

Dans ce contexte de suspicion vis-à-vis des fraudes aux mariages, les couples mixtes qui souhaitent se marier entament un vrai parcours du combattant. Soumis à des contrôles de plus en plus stricts, ils doivent répondre à des questionnaires très détaillés qui testent la connaissance mutuelle du couple. S’ils obtiennent de bonnes réponses, un « certificat de capacité à mariage » leur est délivré. Des interrogatoires sont également menés auprès de leurs voisin, de leurs employeurs, des commerçants du quartier. Les maires ont également droit d’auditionner les futurs époux et peuvent refuser de célébrer le mariage s’ils soupçonnent un mariage blanc. Si l’union est célébrée à l’étranger, le consul peut lui aussi demander une enquête. La demande de transcription dans les registres de l’État civil peut encore être l’occasion d’un contrôle et de délais interminables (jusqu’à un an et demi).

Mais la suspicion ne s’arrête pas là: pendant les quatre premières années de leur mariage, les couples mixtes peuvent encore faire l’objet d’enquêtes administratives ou policières pour vérifier la réalité de leur vie commune. En cas de divorce ou en cas de décès du conjoint français, la carte de résident est retirée au conjoint étranger.

Le droit de vivre ensemble menacé

Par ailleurs, les étrangers conjoints de Français ont beaucoup de mal à obtenir un titre de séjour. Depuis 2006, ils n’ont plus droit automatiquement à une carte de résident. Après trois ans de mariage, ils peuvent la demander, sans garantie de l’obtenir.

Les conditions suivantes leur sont imposées : n’avoir jamais rompu la communauté de vie de leur couple, être entré en France avec un visa long séjour (si ce n’est pas le cas, il faut alors repartir dans le pays d’origine pour le demander…) et prouver sa « bonne intégration » à la société française. Pour les couples mixtes qui ne sont pas mariés, les espoirs de pouvoir vivre ensemble sont encore plus réduits: ils sont obligés de vivre cachés, avec la peur d’une expulsion du jour au lendemain. En effet, Les futurs père ou mères d’enfant français ne sont pas à l’abri d’une expulsion, tant que l’enfant n’est pas né.

La précarité du droit au séjour concerne presque tous les couples mixtes. Elle est extrêmement traumatisante pour eux. Comment justifier et accepter que dans une démocratie, on puisse intervenir dans les histoires privées des personnes, les empêcher de vivre leur histoire d’amour et de construire une famille?

#9 : « Ils ne sont pas intégrés à la société française »

Said-blancBien souvent, les immigrés sont perçus comme pas ou peu intégrés à la société française. Pour Francette, pas de doute que ce soit de leur faute : « Les immigrés ne veulent pas travailler, ils restent repliés sur l’identité de leur pays d’origine, ils méprisent les traditions et la culture françaises et ne sortent pas de leur commu- nauté ». Les banlieues, où ils vivent majoritairement, seraient les territoires où se manifesterait de la façon la plus évidente leur refus de s’intégrer en France. Qu’en est-il dans la réalité ?

L’intégration à la française

AdoptionAu cours de l’histoire de notre pays, en période de crise économique ou sociale, on cherche un bouc émissaire qu’on puisse désigner comme responsable de tout ce qui va mal. L’étranger, «celui qui n’est pas comme nous», est alors désigné comme l’ennemi obscur, source de nos problèmes. Cette stigmatisation d’une catégorie de la population est le signe d’une société qui va mal. La peur de l’Autre et son exclusion, les divisions et les doutes semblent l’emporter sur les points communs. Autant de signes d’une identité fragilisée. Pour retrouver le sentiment d’une appartenance commune, il faut au contraire penser l’identité en mouvement perpétuel, intégrant les apports de tous ceux qui font la France.

Le modèle français d’intégration a longtemps été influencé par la notion d’assimilation : les étrangers qui arrivent en France, comme les fils d’immigrés, doivent abandonner leur culture propre et les spécificités de leur pays d’origine pour rentrer dans le « moule » du pays d’accueil. Cette notion a été abandonnée dans les années 1980: on lui a préféré les termes d’intégration et d’insertion. Ce glissement de langage n’est pas neutre. Ces deux derniers termes expriment davantage une dynamique dans laquelle les immigrés font partie de la société d’accueil, adhèrent au fonctionnement et aux valeurs de cette société, tout en étant reconnus dans leurs différences.

Parler de « défaut d’intégration » désigne les étrangers comme une minorité qui ne ferait pas partie de la France alors que cette « minorité » est devenue une réalité constitutive de la société française : aujourd’hui un Français de 18 ans sur cinq a un parent immigré alors qu’il y a vingt ans, seul un Français sur dix venait d’ailleurs.

Enfants d’immigrés: l’ascenseur social au ralenti

InstitÊtre immigré en France, c’est avoir plus d’une chance sur deux d’être pauvre. En 2013, 56% des étrangers non communautaires sont en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale ((Inclusion sociale de la population migrante dans l’UE, Eurostat, 2014.)). Les filles et les fils d’immigrés sont plus diplômés et insérés sur le marché du travail que ne l’étaient leurs parents : 33 % d’entre eux sont aujourd’hui diplômés du supérieur et 20 % sont devenus cadres ((Immigrés et descendants d’immigrés en France, octobre 2012.)). Pourtant, ils sont davantage frappés par le chômage que les « Français de souche » et leur salaire moyen est plus bas. Ils ressentent encore très fortement les discriminations: les sélections au faciès ou à cause de leur nom de famille, lorsqu’ils cherchent du travail ou un logement, à l’école ou dans les administrations. Ce qui explique que, bien qu’étant et se sentant Français, 67% de ces enfants d’immigrés ont le sentiment de ne pas être considérés comme des nationaux.

Discrimination à l’embauche

ProfilEn 2009, l’Observatoire des discriminations a réalisé une étude sur les pratiques de recrutement de 40 grandes entreprises françaises. Alors que beaucoup d’entre elles se sont engagées à promouvoir la diversité, cette étude conclut que leur avancement sur ce point est inégal. Quand la discrimination n’apparaît pas au stade du tri du CV (quelques entreprises ont en effet opté pour le CV anonyme), elle intervient plus tardivement, notamment lors des entretiens d’embauche.
Sur les 40 entreprises étudiées, 14 demandent aux candidats leur nationalité. Cette question est obliga- toire pour 4 d’entre elles. L’âge et la situation matrimoniale sont également des questions inopportunes mais devenues un passage obligé lors des entretiens d’embauche. Rendre les CV anonymes en masquant des informations comme le nom, la photo, l’âge, l’adresse, le sexe ou la situation matrimoniale n’est certes pas suffisant pour stopper les discriminations, mais c’est un premier pas pour améliorer les pratiques de recrutement.

Discriminer pour mieux exclure?

Les discriminations selon l’origine, la couleur de peau ou le patronyme touchent non seulement de nombreuses personnes d’origine étrangère vivant en France, mais aussi des citoyens originaires des Antilles, d’Afrique ou d’Asie, qui ont acquis, parfois depuis longtemps, la nationalité française. Celui qui donne l’impression d’être différent dérange ; la société s’efforce de le repérer, de le traiter à part, de l’exclure.

Un exemple de ces discriminations : les contrôles au faciès. Á Paris, les personnes « noires » (d’origine subsaharienne ou antillaise) ou « arabes » (originaires du Maghreb ou du Machrek) sont contrôlées de manière disproportionnée par rapport aux personnes « blanches ». Les Noirs ont six fois plus de risques d’être contrôlés que les Blancs et les Arabes presque 8 fois plus ((Police et minorités visibles : les contrôles d’identité à Paris, rapport de Fabien Jobard et René Lévy, 2009.)). Ces pratiques donnent le sentiment aux minorités visibles qu’elles n’ont pas leur place en France, créent un sentiment d’exclusion et vont à l’encontre d’un «vivre ensemble » harmonieux, enrichi par notre diversité.

#10 : « Il faut qu’ils se prennent en main chez eux. »

Pour les défenseurs d’une immigration maîtrisée, il faudrait empêcher les migrants de venir dans les pays occidentaux et les inciter à développer leur pays en restant chez eux, avec une aide des pays riches pour accélérer ce développement. L’équation «plus de développement = moins de migrations» est-elle juste?

Développement et migrations: une relation complexe…

Chalutier-blancLes migrations ont, le plus souvent, des conséquences catastrophiques pour les pays d’origine, en les privant de leurs forces humaines, notamment de ceux qui ont fait des études et qui pourraient contribuer au développement de leur pays. En Haïti, après le tremblement de terre de 2010, il n’y avait, sur place, plus de médecins, plus d’architectes pour participer à la reconstruction du pays. Comme beaucoup de leurs compatriotes, diplômés ou non, de nombreux Haïtiens ont fui le chaos qui règne dans leur pays en migrant aux États-Unis, en France ou en Angleterre.
Mais d’un autre côté, les migrants contribuent aussi au développement de leur pays d’origine: l’argent envoyé chez eux par les diasporas représente, pour de nombreux pays pauvres, leur première source de revenu. Ces transferts financiers dépassent aussi, dans certains cas, l’aide au développement octroyée par les pays occidentaux. En 2014, au plan mondial, l’épargne privée des migrants à destination de leur pays d’origine s’élevait à 583 milliards de dollars. Par comparaison, l’aide publique au dévelop- pement, versée par les pays membres de l’OCDE1 aux pays en développement, était, en 2014, de 135 milliards de dollars…

Le double discours occidental

De nombreux citoyens et gouvernements européens sou- tiennent, à juste titre, que le meilleur moyen pour réduire les mouvements migratoires est de s’attaquer à leurs causes : le mal-développement, la mauvaise gouvernance, la corruption, l’accaparement des terres, le pillage des ressources naturelles, les guerres… tout en réaffirmant que la liberté de circulation et le choix de résidence doivent rester des libertés fondamentales.

Soucieux de soutenir les peuples du Sud dans leur effort pour vivre dignement et participer au développement de leur pays, les gouvernements occidentaux seraient bien inspirés d’augmenter leur aide financière à ces pays.

Aide Publique DvlptAlors que les pays développés s’étaient engagés en 2005 à consacrer au minimum 0,7 % de leur produit national brut annuel pour le développement des pays du Sud, non seulement aucun d’entre eux n’a réalisé à ce jour cet engagement, mais cette aide publique au développement (APD) baisse chaque année. Quatrième bailleur mondial, la France ne consacre que 0,36 % de son revenu national brut à l’APD en 2014 .

Le montant de l’APD mondiale étant quatre fois inférieur à celui des sommes envoyées par les travailleurs émigrés dans leur pays, où est l’effort des pays riches ? Au-delà du côté quantitatif, les pays occidentaux pervertissent leur aide en la conditionnant aux efforts qu’ils imposent aux pays du Sud pour empêcher leurs ressortissants de venir chez eux. Pour avoir un meilleur accès à l’aide, il leur est demandé d’agir dans le sens des politiques de restriction des migrations, de faciliter les expulsions et de lutter contre l’immigration illégale. Un pays comme le Niger, qui n’a pas souhaité signer cet accord avec la France, doit en assumer les conséquences et verra sans doute son aide financière diminuer dans les prochaines années.

Quand les multinationales et les États empêchent le Sud de s’enrichir

Avec toutes les ressources naturelles dont ils disposent (forêts, ressources minières, richesses agricoles, ressources halieutiques, biodiversité…), les pays du Sud ont un énorme potentiel de développement. Forts de toutes ces richesses, ils n’arrivent pourtant pas à sortir de la pauvreté. Pourquoi ?

Une des raisons de cette situation est le pillage de ces ressources par les entreprises des pays riches. Ces entreprises, souvent transnationales et dont les sociétés-mères sont basées dans les pays occidentaux ou émergents, exploitent les ressources naturelles des pays qui en sont pourvus, pour fabriquer des produits de consommation courante vendus dans les pays riches. Gouvernées par l’objectif d’un profit maximal, ces multinationales ont tout intérêt à installer leur filiale dans ces pays où elles profitent d’une législation très avantageuse en matière de droits du travail. La corruption, très répandue dans ces pays, leur permet également d’agir en toute opacité. La conséquence de ce système est la marginalisation de l’économie et des populations locales qui sombrent dans la misère et n’ont d’autres horizons que de partir faire leur vie ailleurs.

Boat people

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