Squats à Caen : Joël Bruneau interpellé par l’opposition

Lundi soir au conseil municipal de Caen, quatre élus d’opposition ont interpellé Joël Bruneau, maire de Caen, sur la coupure d’électricité au squat de la Grâce de dieu et son pouvoir de réquisition des logements vacants à Caen (5900 selon l’Insee). La première intervention a été celle de Lilian Belet élu communiste :

M. le Maire,

Le plus grand squat de Normandie a été expulsé mardi 22 octobre, par un dispositif complètement démesuré des forces de l’ordre, à 6H du matin.

Indignation et révolte sont les sentiments qui prédominent lorsque je pense à ces familles qui sont plongés dans l’incertitude, à quelques jours de la trêve hivernale.

Je pense également aux travailleurs sociaux qui doivent se confronter à la détresse de ces êtres humains, avec des moyens toujours plus restreints et dans un contexte de saturation de l’hébergement d’urgence.

Le 27 novembre aura lieu l’inauguration de la venelle Sylvain Gourbin (comme vous l’évoquiez en introduction). La portée symbolique de cette décision est forte. En associant son nom à une rue de Caen, vous rendez hommage au fondateur du 1er SAMU social de France, qui voulait de notre ville qu’elle soit à l’image de ses valeurs, solidaire et accueillante.

La solidarité, de nombreux Caennais en font preuve lorsqu’ils s’organisent pour accueillir personnellement les familles à la rue, sans solutions, par le biais d’appel relayés dans les réseaux militants et sur les réseaux sociaux.

La solidarité, la CGT ENEDIS en a fait preuve lors d’une action politique contre la précarité énergétique et en solidarité avec les personnes exilées. Des agents d’ENEDIS ont ainsi établi le courant, le 17 octrobe, en respectant l’ensemble des protocoles de sécurité, dans un squat à la Grâce-de-Dieu. Cette mobilisation à permis à 160 personnes, dont 60 enfants, de bénéficier d’électricité et de chauffage, à la veille de la trêve hivernale.

J’ai lu votre interview dans le Ouest-France du 30 octobre. Vous affirmez que derrière cette situation, il y a beaucoup de détresse humaine. Je vous crois sincère.
Comme vous, je mesure que l’hébergement en squat est loin d’être la solution idéale, que ce soit en termes de sécurité ou d’accompagnement social. Pour autant, et vous le savez aussi bien que moi, ces lieux qui pallient aux insuffisances de l’Etat, sont les derniers remparts à la froideur et l’indigence de la rue.

Jeudi 31 octobre, Enedis accompagné de la police nationale (3 véhicules) est intervenu au squat de la Grâce de dieu pour couper l’électricité.

Cette intervention a été effectuée à la demande de Caen-la-Mer Habitat, le propriétaire de l’immeuble, et a plongé délibérément les habitant-e-s dans le froid et l’obscurité.

Ces situations humaines sont d’une telle gravité qu’elle ne doivent pas laisser place à la caricature, ni à la démagogie.

Les élus communistes vous ont donc adressé une lettre ouverte, ainsi qu’à Michel Patard-Legendre, président de Caen-la-Mer Habitat, pour vous demander de rétablir l’électricité. A ce jour, nous n’avons obtenu aucune réponse de votre part.

Ce soir, je vous demande de répondre à deux questions simples, dans cette enceinte :

– Êtes-vous à l’origine ou avez-vous validé la demande de couper le courant électrique de cet immeuble, à la veille de la trêve hivernale ?

– Si tel est le cas, quel était la raison objective pour priver ces familles de lumière et de chauffage ?

Sachant que l’électricité avait été remise par des professionnels d’ENEDIS, si vous invoquer ce soir des raisons de sécurité comme argument, nous le considérerons comme insuffisant. En effet, vous auriez pu simplement faire la demande à l’entreprise ENEDIS de s’assurer que l’installation était conforme, laissant ainsi ces êtres humains traverser la trêve hivernale avec le minimum vital.

Merci d’avance M. le Maire, pour la transparence avec laquelle vous répondrez à mes interrogations.

Cette intervention a été appuyée par les trois autres groupes d’opposition qui ont interpellé le maire sur son pouvoir de réquisition et sur la tribune des treize maires de France qui demandent à l’état d’agir urgemment que Joël Bruneau n’a pas signée.

Joël Bruneau leur a répondu qu’il n’était pas du ressort des communes d’assurer l’hébergement d’urgence mais de celui de l’état. Il n’a pas réagi sur son pouvoir de réquisition qu’il n’utilise pas, mais selon lui, le voisinage des foyers d’hébergement ou des squats crée des tensions qui font monter l’extrême droite ! Il a par ailleurs déclaré que la direction d’Enedis avait fait procédé à la coupure d’électricité de sa propre initiative pour des raisons de sécurité, et a accusé la CGT Enedis d’avoir rétabli l’électricité sans pouvoir vérifier les installations puisque les agents étaient intervenus « dans le noir » !

De son côté, le président de Caen la Mer Habitat, Michel Patard-Legendre publiait un communiqué de presse vers 19h, quelques minutes avant le début du conseil municipal, dénonçant la CGT Enedis qui aurait selon lui  » [violé] délibérément les règles de sécurité élémentaires » :

Le 17 octobre, la CGT Enedis, a remis en service « le courant » dans cet immeuble en violant délibérément les règles de sécurité élémentaires au regard des occupants. Plus de 150 personnes sont présentes dans cet immeuble dont une soixantaine d’enfants. Cette remise en service leur a fait courir des risques inconsidérés en termes d’incendie.

Accusation démentie par la CGT Enedis dans un communiqué du 7 novembre :

dementi CGT EDF

L’Assemblée générale de lutte contre toutes les expulsions dénonce avec vigueur les accusations portées par Joël Bruneau et Michel Patard-Legendre contre nos camarades de la CGT Enedis qui ne mettent aucunement en danger les habitant-e-s de la Grâce de dieu en leur permettant d’accéder à un besoin fondamental.

Nous rappelons que les incendies du pavillon Savare (évoqué dans le communiqué de presse de Caen la Mer Habitat) et du squat de la rue Saint Ouen (cité par Joël Bruneau) ont tous les deux été causés par des actes malveillants et n’étaient pas des feux d’origine électrique.

Nous dénonçons les propos de Joël Bruneau qui a affirmé aux média qu’ « Il n’y a pas de problème de logement à Caen pour les personnes qui sont éligibles à un logement » et rappelons que le droit au logement est un droit constitutionnel inconditionnel et universel, c’est à dire que toutes les personnes qui en font la demande ont droit à un hébergement d’urgence et ce, quelle que soit leur situation administrative. « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence. » selon l’article L345-2-2 du Code de l’Action Sociale et des Familles.

Nous condamnons la position de Joël Bruneau qui se déclare favorable à une immigration choisie, et nous revendiquons au contraire la régularisation de tous les sans papiers, la liberté de circulation et d’installation et l’égalité des droits pour toutEs.

Caen, le 8 novembre 2019

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