Bref récit de la manif du 17 février à Caen et tract inter-organisations

La manifestation en solidarité avec les migrant-e-s et contre le projet gouvernemental de loi « Asile-immigration » s’est rassemblée place du théâtre à Caen. Une prise de parole du CAMO de Ouistreham a eu lieu pour faire le point sur la situation des migrants là-bas.

La manif a ensuite débutée avec environ 1200 personnes. Elle s’est arrêtée devant le local de la compagnie de transport Twisto, qui avait fermé ses rideaux métalliques pour l’occasion, afin de dénoncer, par tract et prise de parole, les consignes données aux chauffeurs-euses de bus de contacter systématiquement le PC sécurité en cas de montées de migrants dans les bus revenant de Ouistreham vers Caen, PC sécurité qui appelle alors éventuellement ensuite la police et ses équipes de contrôleurs-euses pour mettre la pression sur les migrants. Des témoignages locaux font également état de plusieurs commentaires à connotation raciste de la part de certain-e-s chauffeurs-euses et de refus d’arrêt s’il n’y a que des noirs aux arrêts de bus…

La manif, dont les effectifs ont gonflé en cours de route, a sillonnée le centre-ville en scandant de nombreux slogans et en diffusant massivement aux passant-e-s le tract inter-organisations.

DWP47usXcAA_Wk5-2-854x641

Photo Actu.fr

Un arrêt a eu lieu place Pierre Bouchard où se tenait un piquet d’information et de sensibilisation organisé par Amnesty International qui a fait une prise de parole à cette occasion.

La manifestation s’est ensuite rendue à la préfecture administrative où les demandeurs-euses d’asile sont reçu-e-s dans des conditions qui ne cessent de se dégrader, quand ils/elles n’y sont pas parfois directement arrêté-e-s pour être envoyé-e-s en Centre de Rétention Administrative avant d’être éventuellement expulsé-e-s. Une prise de parole détaillant les conditions d’accueil indignes dans les services préfectoraux a eu lieu. Des antivols de vélo ont été symboliquement posé sur les deux entrées piétons de la cour tandis qu’une banderole « Bloquons la machine à expulser » était laissée accroché sur la grille de ces services qui vont se retrouver en première ligne dans l’application des mesures restrictives et répressives contenues dans le projet de loi « Asile-Immigration ».

Le dernier carré des manifestant-e-s s’est finalement rendu non loin, devant la préfecture politique, où une dernière prise de parole a eu lieu.

La mobilisation se poursuit donc localement, comme partout ailleurs en France, en solidarité avec les migrant-e-s. Une réunion inter-organisations aura bientôt lieu pour préparer une nouvelle manif dans les semaines qui viennent !

Vous trouverez ci-dessous le texte du tract inter-organisations diffusé à l’occasion de la manifestation. Vous pouvez aussi le télécharger en format PDF en cliquant sur le lien suivant : tract inter-orgas manif 17 février

Pour une véritable politique d’accueil des personnes migrantes

Défendre leur dignité, c’est défendre la nôtre

Projet de loi « asile-immigration » : Répression et contrôle à outrance !

Le projet de loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif » qui devrait être présenté en Conseil des Ministres le 21 février, puis débattu au Parlement en avril, est largement contesté par les associations qui dénoncent une politique migratoire d’une dureté sans précédent.

Vingt-sept d’entre elles ont également saisi le Conseil d’État pour obtenir la suspension de la circulaire du 12 décembre 2017 organisant le recensement des migrants dans les hébergements d’urgence.

Loin d’améliorer le traitement des demandes d’asile et les conditions d’accueil, ce projet vise « manifestement à mieux reconduire, plus reconduire et reconduire immédiatement », selon Pierre HENRY, directeur général de France Terre d’Asile.

Parmi les mesures symboliques d’une restriction des droits et d’une volonté d’expulser :

– Réduction de 120 à 90 jours du délai maximum pour demander l’asile, à compter de l’entrée sur le territoire. Réduction également de 30 à 15 jours du délai de recours devant la Cour Nationale du Droit d’Asile, avec remise en cause possible du caractère suspensif de ce recours.

– Obligation pour les demandeurs d’asile de rester dans la région où ils sont affectés.

– Légalisation du contenu de la circulaire Colomb du 12 décembre. Circulaire contestée par toutes les associations et dont le Défenseur des Droits a demandé au gouvernement le retrait.

– Augmentation de 16 à 24 heures de la durée de la retenue administrative pour vérifier le titre de séjour.

– Extension des situations d’assignation à résidence et durcissement des conditions de cette assignation.

– Durée maximale de rétention portée de 45 à 90 jours, voire 135 jours dans certains cas. Mais aucune proposition pour mettre fin à l’enfermement des enfants dans les centres de rétention, pratique pour laquelle la France a été condamnée 5 fois par la Cour européenne des droits de l’homme.

– Dispositif permettant aux préfets de faire appel contre les ordonnances du juge des libertés et de la détention, avant que le retenu ne soit systématiquement remis en liberté.

– Extension du recours à la vidéo-audience pour le juge des libertés et de la détention et le Tribunal

administratif : la personne migrante sera jugée à distance, depuis son lieu de rétention, sans la présence de son avocat à ses côtés (celui-ci sera au tribunal).

– Restriction des conditions d’accès au titre d’étrangers malades, qui se fondent sur « les caractéristiques du système de santé dans le pays dont l’étranger est originaire ».

Enfin, ce texte ne prévoit rien pour les personnes soumises au règlement Dublin III. Elles représentent 36% des demandeurs d’asile en France pour 2017. Il s’agit de personnes qui ne sont autorisées à déposer leur demande que dans le premier pays de l’UE qui a enregistré leurs empreintes dans le fichier Eurodac.

Exigeons des conditions d’accueil décentes et la fin de la politique de répression à l’égard des personnes migrantes.

Inclure au lieu d’exclure.

Luttons contre la machine à expulser !

« Liberté de circulation et d’installation »

(Art. 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme)

Pour aller plus loin …

Sécurité aux frontières : un business rentable !

La protection des frontières européennes ne constitue pas, en priorité, un projet politique et sociétal. C’est avant tout un enjeu économique. L’industrie de la sécurité des frontières représentait, en 2016, un marché annuel mondial de 18 milliards de dollars, et à l’horizon 2022, la bagatelle de 53 milliards ! Une aubaine pour les industriels de l’armement qui ont compris qu’un nouvel eldorado s’offrait à eux. Depuis 2000, les Etats-membres ont investi 11 milliards d’euros pour « protéger » les marges de l’Union Européenne (programme frontex). Pour l’enclave espagnole de Melilla, la barrière high-tech anti-migrants a coûté 3 millions d’euros au kilomètre ! Côté turc, l’Union Européenne a lâché 6 milliards d’euros pour que le régime autoritaire d’Erdogan ne laisse plus passer les personnes migrantes qui transitaient par ce pays pour gagner l’Union Européenne via la Grèce.

Au Sud de la Méditerranée, des centaines de millions d’euros sont distribués par l’Union Européenne pour équiper les gardes-frontières marocains, algériens, tunisiens et libyens et limiter au maximum les traversées de la Méditerranée. Le projet final étant d’établir directement là-bas des centres de tri (et de refoulement) des personnes migrantes, loin des frontières européennes, des yeux occidentaux et des mouvements de solidarité.

Avec un tel budget nous pourrions non seulement accueillir dignement les personnes migrantes mais également prendre en charge tous les SDF et mettre fin au mal logement.

Face à ceux qui hurlent à l’invasion ou à ceux qui, plus insidieusement, laissent entendre qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, la réalité des flux migratoires vient contredire ces délires xénophobes. La France participe peu à l’accueil de personnes migrantes en provenance de zones de conflit où la responsabilité directe ou indirecte des pays riches est pourtant largement engagée.

Sources: https://donnees.banquemondiale.org : http://www.unhcr.org/globaltrends2016/

Stop à l’intox sur les chiffres de l’immigration !

Parmi les 65,6 millions de personnes déplacées dans le monde, 2/3 le sont à l’intérieur de leur propre pays. Ainsi 84% ont été accueillis dans un pays dit en voie de développement. Ce sont surtout les pays voisins qui accueillent les personnes migrantes.En 2015, l’UE a reçu 1,2 million de demandes d’asile, soit 0,2% des 508 millions d’habitants.

En France sur les 80 075 demandes, seules 25 063 ont été acceptées, ce qui représente 0.04% de la population ou 4 nouveaux habitants dans une ville de 10 000. Rappelons qu’en 1979, en plein choc pétrolier, 120 000 « boat people » vietnamiens ou cambodgiens avaient rejoint la France.

Sources :https://ofpra.gouv.fr/fr/l-ofpra/actualites/premiers-chiffres-de-l-asile-en

http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/7203842/3-04032016-AP-FR.pdf/

Le Préfet et « l’action exemplaire »

Lors de la présentation de ses voeux à la presse, le préfet du Calvados a prétendu que des places sont encore disponibles dans le centre d’accueil de nuit de la Pierre-Heuzé, à Caen, ainsi que dans les CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation). Alors pourquoi reste-t-il encore des personnes, dont des enfants, à la rue tous les jours ? Dans le cadre du « plan grand froid » les 80 places proposées par le centre d’accueil de nuit ne peuvent en aucune façon suffire à héberger les plus de 300 personnes qui dorment dans les squats.

Concernant les CAO que l’État français a ouverts suite au démantèlement de la « jungle » de Calais afin de disperser les personnes migrantes sur tout le territoire français, ils n’ont vocation qu’à héberger dans le but de trier les hommes seuls en procédure de demande d’asile. La majorité d’entre eux, sous le coup de la procédure Dublin, est ainsi systématiquement expulsée vers le premier pays européen par lequel elle est passée.

Il a aussi déclaré que les gendarmes font leur travail avec beaucoup d’humanité et sauvent des vies. Nombre de reportages de médias prouvent pourtant que les gendarmes du PSIG (Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie) commettent régulièrement des exactions envers les personnes migrantes. Europe1 fait état de gazages sur la place du marché aux poissons de Ouistreham ayant incommodé les clients des bars alentours. France 3 montre les gendarmes violenter et jeter les personnes migrantes au sol jusqu’à en rendre une inconsciente. De plus, l’AFP a filmé des agents municipaux ouistrehamais, encadrés par la police municipale, remplir une benne avec les affaires des migrants (sacs à dos avec affaires personnelles, duvets, vêtements).

Au lieu d’assumer ses responsabilités et d’agir de façon digne, le Préfet choisit de dénigrer le travail des associations, collectifs et personnes solidaires.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s