Naufrage politique en Méditerranée : les fachos de « Defend Europe » boivent la tasse.

 

Nous effectuons dans cet article une synthèse de diverses infos sur l’odyssée tragi-comique du navire « C Star », affrété par des groupuscules identitaires européens pour tenter de perturber les opérations de secours aux migrant-e-s menées par des ONG humanitaires en mer Méditerranée. Cette opération de com facho se termine finalement en eau de boudin…

defend europe coule

C’est en mai de cette année que divers groupuscules fachos européens (de France, d’Italie et d’Autriche en particulier), de la mouvance dite « identitaire », ont lancé une souscription internationale sur internet pour avoir les moyens financiers d’affréter un navire afin d’aller perturber  les secours aux migrant-e-s effectués en Méditerranée par des ONG humanitaires. Tout ça au nom de la défense d’une Europe blanche soi-disant menacée par une invasion migratoire.

Concrètement, au delà d’une évidente opération de communication d’extrême droite, leur idée semble être de dénoncer aux gardes cotes libyens les embarcations de migrant-e-s que les fachos pourraient croiser, de harceler par des manœuvres les bateaux d’ONG qui portent secours aux migrant-e-s en mer, de couler des embarcations trouvées vides…

Ils ont réussi à collecter environ 70 000 euros (non sans difficultés, des organisations antifascistes ayant fait fermé plusieurs comptes de la plateforme PATREON qui permettaient de collecter de l’argent) pour leur projet baptisé « Defend Europe », grâce entre autres apparemment à pas mal de dons provenant de l’extrême-droite américaine. Cette somme leur a permis d’affréter un navire finlandais, le « Sunnta », rebaptisé « C Star » en avril 2017 .

 Bateau_Defend_europe

Le bateau de Defend Europe

Il est rapidement apparu, grâce aux informations du réseau antifasciste anglais « Hope not hate » que l’armateur du navire, le suédois Sven Tomas Egerstrom, était sulfureux. Fraudeur, il avait été condamné au début des années 2000 à 2 ans et demi de prison. Il trempe également dans une société de protection maritime armée, la Sea Marshal Risk Managements. L’équipage du C-Star est ukrainien comme la plupart des agents de sécurité de la Sea Marshals, agents habituellement anciens militaires et équipés de fusils semi-automatiques… Du beau linge… Ajoutons que le C-Star avait été déclaré « arsenal flottant » en 2014, ce qui signifiait qu’il servait de dépôt d’armes pour des compagnies de sécurité maritime privées.

Thomas Jakobssonw

Sven Tomas Egerstrom

Le C-Star remonte donc de Djibouti pour rejoindre la Méditerranée. Mais il est arrêté par les autorités égyptiennes car la liste de son équipage n’est pas à jour. Finalement, il est autorisé à entrer en Méditerranée en provenance du Canal de Suez. Il se dirige alors, fin juillet, vers le port de Famagouste, dans la partie de Chypre qui est sous contrôle turc, avec la probable intention de se ravitailler et de charger à bord les militants d’extrême-droite « volontaires pour la mission ».

Mais le navire est de nouveau mis à l’arrêt par les autorités dans ce port, une partie de l’équipage provient en partie du Sri Lanka et fait partie de la minorité tamoul opprimée dans ce pays. Une vingtaine de tamouls quittent le C-Star et demandent l’asile à Chypre. Il affirment avoir payé chacun 10 000 dollars (soit 200 000 dollars en tout) pour être emmenés en Italie où ils comptaient demander l’asile et avoir en plus dû travailler en étant quasiment pas nourris. Le capitaine du C-Star et son adjoint sont placés en garde à vue pour trafic d’êtres humains. Ils prétendent que les 10 000 dollars par tamoul correspondent au prix d’un « stage professionnel » pour devenir marin……….. Sven Tomas Egerstrom qui a attérit à Chypre pour essayer d’éviter la saisie de son navire est également arrêté. Lui et 9 membres de l’équipage sont déférés devant le tribunal qui leur signifie qu’ils sont tous l’objet d’une instruction judiciaire préalable à une possible inculpation.

Mais, coup de théâtre, ils sont tous rapidement relâchés, probablement sur intervention politique, tandis que les tamouls sont expulsés vers le Sri Lanka. L’équipage rejoint le C-Star placé sous protection policière car des manifestant-e-s commencent à essayer de se rassembler devant. Egerstrom est quant à lui escorté par la police jusqu’à l’aéroport. Le C-Star repart donc, après avoir refait le plein de fuel (apparemment à un tarif exorbitant).  Il reste alors au large de Chypre pour attendre qu’un petit bateau lui amène un groupe de militants d’extrême droite avant de se diriger un peu à l’aveuglette vers le sud de la méditerranée. Les autorités de la partie nord de Chypre ne veulent plus les accueillir. Les autorités chypriotes indépendantes de la partie sud de l’île leur refuse l’accostage, comme à tout bateau ayant accosté dans la partie nord sous contrôle turc depuis l’invasion de 1974. Difficile d’accoster également dans un port grec, les autorités grecques  voient d’un mauvais œil les bateaux ayant accosté dans la partie turque de Chypre. Les ports italiens de la Sicile sont hostiles. Les réseaux antifascistes et antiracistes italiens et grecs sont en état de veille comme l’avaient été les antifascistes chypriotes des deux cotés de l’île. Après divers zigzags, le C-Star se dirige vers la Crète pour essayer de se ravitailler de nouveau avant de mener sa « mission ».

Sauf qu’en Crète, la tradition antifasciste est très forte. Les menaces pleuvent. Accoster risquerait de déclencher des émeutes. C’est donc vers la Tunisie que le C-Star finit par se diriger. Mais en Tunisie aussi, divers collectifs antiracistes se mobilisent… Des tracts en arabe circulent dans les ports, sont diffusés auprès des dockers et pêcheurs tunisiens.

Entretemps, début août, le C-Star va aller faire des tours autour de l’Aquarius, un bateau de secours en mer pour les migrants, affrété par une ONG. Sans résultats. L’aquarius poursuit son activité de surveillance sans se laisser impressionner. Ensuite, le C-Star tente de se ravitailler dans le port tunisien de Zarsis. Mais il semble qu’un rassemblement de bateaux de pêche tunisiens, pas amicaux, l’en dissuade. Il se dirige alors vers un autre port tunisien, celui de Sfax mais sans tenter d’y accoster. Il ne semble pas être le bienvenu là encore. Il finit vraisemblablement par réussir à se ravitailler auprès d’un terminal pétrolier au large de la Tunisie.

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Aux environs du 10 août, la situation du C-Star se dégrade. Il semble qu’il y ait des avaries à bord. Des appels incessants aux dons sur internet indiquent également des problèmes financiers. Le C-Star dérive, moteur coupé durant des heures. L’autorité de surveillance maritime en Méditerranée le considère alors comme un « bateau non commandé » et dépêche vers lui, pour lui porter assistance, le bateau le plus proche, qui n’est autre que le Sea Eye, un bateau de secours aux migrant-e-s affrété par une ONG. La situation vire franchement au ridicule pour les fachos. Ils s’activent donc comme ils peuvent et finissent par pouvoir repartir par eux-mêmes mais à vitesse réduite. Direction l’île de Malte… qui refuse de les laisser accoster dans ses ports sous la pression de multiples associations antiracistes…

Ayant des problèmes mécaniques, étant dans l’impossibilité d’accoster dans la plupart des ports, ayant sûrement des problèmes de financement, le projet de Defend Europe prend l’eau de toutes parts. Les fachos finissent par jeter officiellement l’éponge un peu après la mi-août. Ils annoncent une grande conférence de presse, « à ne pas manquer », avec tous les militants présents sur le C-Star qui doivent être là, à Lyon pour le 19 août. Cette conférence est finalement rapidement annulée. Ne pouvant pas accoster, les militants restent coincés en mer un peu au large de Malte… Le C-Star est encore au moment où j’écris ces lignes, en attente indéfinie, à l’est de l’île, à une vingtaine de kms de la cote.

On leur souhaite de rester coincés là-bas très longtemps, avec des tas d’avaries et des tas de factures qui s’accumulent.

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Si ce projet facho nous aura finalement bien fait rire tout l’été, et s’il aura permis de consolider concrètement la solidarité antifasciste sur tout le pourtour méditerranéen, cela ne doit pas occulter une autre réalité bien plus sérieuse et inquiétante, celle du retrait progressif de la plupart des navires de secours aux migrants, comme l’explique cet article tiré du blog de Yannis Youlountas en date du 13 août:

 

LE NAVIRE SEA EYE INTERROMPT À SON TOUR SES MISSIONS DE SAUVETAGE.

Le communiqué officiel vient de tomber comme la foudre sur le site de Sea-Eye : c’est fini pour l’instant ! Le bateau de sauvetage allemand ne retournera plus au large de la Libye sauver des vies.

Depuis Avril 2016, le Sea-Eye avait sauvé plus de 12 000 personnes de la noyade.

Le Sea-Eye avait également défrayé la chronique avant-hier en étant missionné par les autorités maritimes pour aller secourir l’embarcation fasciste C-Star en panne, provoquant un éclat de rire général. Un peu plus tard, le C-Star avait finalement refusé cette aide et avait réussi à repartir (très difficilement) échappant ainsi à la qualification de « bateau non commandé ».

L’organisation Sea-Eye explique avoir pris cette « décision à contrecoeur en raison de la situation d’insécurité croissante en Méditerranée occidentale, depuis que le gouvernement libyen a annoncé une extension indéfinie et unilatérale de ses eaux territoriales, associée à une menace explicite à l’égard des ONG. »

Le fondateur de Sea-Eye, Michael Buschheuer, précise : « La poursuite de notre travail de sauvetage n’est actuellement plus possible dans ces circonstances. Pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons plus envoyer nos équipes là-bas… C’est un vide mortel que nous laissons en Méditerranée. »

Ces derniers jours, d’autres ONG ont quitté la zone de recherche et de sauvetage :
– soit volontairement, comme Médecins Sans Frontières et son navire Le Prudence (pour des raisons analogues) ;
– soit sous la pression, comme l’organisation Jugend Rettet (“La jeunesse sauvé”) et son navire Le Luventa qui a été arrêté et saisi le 2 août par les autorités italiennes et dont les responsables sont accusés de « favoriser l’immigration clandestine ».

Selon nos informations, d’autres navires de sauvetage vont bientôt annoncer leurs décisions de quitter la zone, ce qui va la laisser uniquement à des bateaux dangereux autour des migrants vulnérables qui fuit la guerre, la misère et la répression :
– navires des milices pro-gouvernementales libyennes ;
– bateau fasciste C-Star ;
– rafiots des contrebandiers ;
– bandits armés qui cherchent à capturer et rançonner tout ce qui passe à leur portée.

Evidemment, les hipster-fascistes de Defend Europe ne vont pas manquer de fanfaronner que ce départ progressif des navires de sauvetage et le résultat de leur expédition. Mais c’est faux.

Pourquoi ?

Parce que le bateau des nazillons n’est qu’un pion dans le sud-ouest de la Méditerranée où s’affrontent des intérêts très puissants qui les dépassent complètement.

D’un côté l’Union européenne, à l’initiative de l’Italie et de la France, a prévu de durcir encore plus son dispositif d’Europe forteresse. Les fascistes qui n’ont absolument rien compris (ou feignent de ne rien comprendre) prétendent le contraire, et vont jusqu’à évoquer la théorie complotiste du « grand remplacement », alors que la politique européenne, au contraire, n’a jamais été aussi sévère envers les migrants.

De l’autre côté, les deux chefs militaires libyens (qui se sont affrontés ces dernières années mais commence à se réconcilier) essaient tous deux d’utiliser la même méthode juteuse qu’avait employée le sinistre Erdogan durant l’hiver 2015-2016. Une méthode qui avait conduit, en mars 2016, à l’accord Union européenne-Turquie, avec les conséquences dramatiques qu’on connait depuis pour les migrants bloqués dans des camps inhumains en Grèce et en Turquie.

Plus précisément, à l’ouest de la Libye (notamment entre Zouara et Tripoli), le chef du gouvernement d’entente nationale, Fayez Al-Sarraj a récemment autorisé une opération des navires militaires italiens qui patrouillent de plus en plus près des côtes libyennes. Pendant ce temps, à l’Est, le maréchal Aftar redouble de menaces contre tous les bateaux qui s’approchent, quels qu’ils soient : militaires ou ONG, peu importe.

En fait, par ce petit jeu, les dirigeants libyens, qui se sont rencontrés à plusieurs reprises en juillet (notamment le 25 à Paris) et entament actuellement un rapprochement (cessez le feu et élections prévues), veulent obtenir une somme colossale de l’Union européenne en contrepartie d’une gigantesque opération de blocage des migrations. Khalifa Haftar évoque la somme de 20 milliards de dollars sur 20 ans, notamment pour construire une frontière étanche au sud de la Libye, sur plus 4000 kilomètres. Macron lui aurait demandé la liste complète de ses besoins et on connait déjà plus ou moins la réponse : « des formations pour les garde-frontières, des munitions, des armes, des véhicules blindés, des jeeps pour le sable, des drones, des détecteurs, des lunettes de vision nocturnes, des hélicoptères »… et beaucoup d’argent !

D’ailleurs, le maréchal Haftar n’a pas manqué de faire aussitôt la comparaison avec son homologue Erdogan à Ankara : « la Turquie prend six milliards [à l’Union européenne] pour contrôler un nombre infiniment inférieur de réfugiés syriens et quelques Irakiens. Nous, en Libye, nous devons contenir des flux gigantesques de personnes arrivant de toute l’Afrique ».

28 ans après la chute du mur de Berlin puis du rideau de fer, de nouveaux murs s’élèvent un peu partout à la surface du globe. Des murs contre les plus pauvres. Le blocage et la maltraitance des migrants devient un business aux frontières d’une Europe glacée de peur et d’égoïsme.

C’est contre tout cela que nous nous battons, dans la vallée de la Roya(3) ou dans nos convois solidaires en Grèce : malgré la pression d’un pouvoir qui réprime de plus en plus les différentes formes de solidarité, de la saisie d’un navire de sauvetage à la condamnation de notre camarade Cédric Herrou, nous continuerons en trouvant sans cesse d’autres moyens d’aider et de résister.

Yannis Youlountas et d’autres camarades antifascistes du pourtour méditerranéen en lutte contre le C-Star et toutes les formes de menaces envers les migrants.

 

Infos synthétisées pour l’AG à partir des sites suivants :

http://blogyy.net/

http://lahorde.samizdat.net/

http://hopenothate.org.uk/     (en anglais)

http://equalityforafrica.blogspot.fr/2015/02/if-picture-speaks-thousand-wordswould.html (en anglais)

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